Vladimir


  Ala Archa. Premier voyage hors de Bichkek. La veille, nous nous sommes fait voler lors d’un contrôle de faux flics. Il pleut, mais nous sommes heureux car loin de tout. Seuls dans la nature, avec les montagnes pour compagnie. Quelle n’est pas notre surprise, d’entendre des grands cris incompréhensibles aux abords de notre campement ! La première interrogation passée, nous faisons connaissance avec Vladimir, notre voisin. Petit, les cheveux grisonnants, des yeux rieurs et ridés, Vladimir parle toujours très fort. Sa tente se trouve sous les pins, à 300 m de là. Nous apprenons qu’il travaille deux semaines d’affilée ici. Son job : consolider le cours du torrent voisin à coups de pelleteuse. Il faut dire que dans le parc d’Ala Archa, le président de la république Akaev possède sa yourte du dimanche. On l’a aperçue de loin, en venant. D’après ce que l’on comprend, il ne faudrait pas que la nature débordante menace le chef d’état.

  Vladimir doit toujours répéter 5 fois ses phrases avant que Rémi ne finisse par comprendre un début de quelque chose. Toutefois, rien ne sert de parler russe ou kirghize pour constater que cet homme à le cœur sur la main : il commence par nous offrir de l’essence pour
allumer notre feu après avoir ri devant nos vaines tentatives d’enflammer du papier de toilette humide. Nous rangeons nos valeurs écologiques et acceptons : notre voisin se sert directement dans le réservoir de sa pelleteuse, dont une bonne giclée se déverse, au passage, sur les vêtements de Rémi qui tient la bouteille. Ce n’est qu’une anecdote, mais qui a bien empesté dans les jours qui ont suivi...

  Vlad est généreux, vous dit-on : il nous invite à partager le borch chez lui. Il vit sous une tente marabout (comme celles de l’armée). On y tient debout. Vlad y possède deux lits, une table, un bon réchaud à gaz... et au moins six assiettes pour nous servir ! Le borch de Vlad, mes amis, ça vaut tous les trois étoiles de Michelin. La couleur orangée et le goût du paprika ajoutent au réconfort qu’apporte ce bol chaud. Bref, sur la table on découvre aussi de la couenne découpée en petits dés (salô), et de l’ail frais. Une fois lancés, on ne peut plus s’arrêter. C’est vraiment bon. Après, on boit du thé. On essaie de discuter un peu. C’est difficile, forcément. Il dit qu’il est allé une fois à Paris.

  Nous reviendrons prendre le thé le lendemain, après notre première randonnée. Il sera, cette fois-ci, accompagné de deux amis. Aussi, très attachants, mais surtout plus saouls (Vladimir ne fume pas et ne boit pas non plus, un saint homme...). Ils rient fort sans qu’on comprenne grand-chose. Vlad nous donnera une belle frousse en nous parlant de policiers (dont on se méfie désormais par-dessus tout). Ce ne sera qu’un mal-entendu (ou plutôt mal-compris). (voir le journal du 30/07).